Le design après le design…

Par Jean-Louis Frechin

Le design est à l’étranger au cœur des réflexions sur l’avenir. Transformation, changement, stratégie, tactique ou simple fonction d’entreprise, le design fait débat et enthousiasme. De nouveaux paysages se dessinent pour cette activité centenaire si difficile à définir. L’institut du futur de San Francisco publie un poster sur l’innovation ouverte. L’Union européenne publie au même moment un appel à contribution sur le design Design as a driver of user-centred innovation. Deux propos, deux approches, deux visions opposées mais incomplète toutes les deux. Et nous quelles sont nos visions et nos propositions en France ? Quel sera le design du XXI siècle après celui du XX siècle ?

2009 05 22 a

Beaucoup d’activité et de publications autour des nouveaux enjeux de conceptions et de productions de l’innovation en cette fin avril 2009.

Les recherches autour de la construction du futur sont nombreuses et on peu dire que le design est au centre de ces réflexions, dans les pays anglo-saxons.

L’institut pour le futur publie une carte résumant les différentes mutations des « Systèmes de productions » nouveaux artisanats, nouveaux fabricants, auto fabricants, créateurs, bricoleurs, hackers, etc. Ce poster est intéressant pour le design et les manières dont il va évoluer. Il est pertinent de voir les gens acteurs de la résolution de leurs envies et de leurs besoins. Les recherches utilisateurs se modernisent et s’affinent.

2009 05 22 b

Il est semble désormais admis que le modèle auteur de type Starck (genius design), Milan, décoration est largement remis en question comme vision du futur.

Le document européen au titre stimulant Design as a driver of user-centred innovation célèbre l’avance des pays nordiques et anglo-saxons et souligne le retard de notre pays sur ces sujets. Il confond cependant le rôle du design dans l’innovation et le rôle et/ou les attentions envers les utilisateurs.

Quelques remarques cependant sur ces deux approches.

Le « bricolage » est formidable et être acteur de sa vie est important. Mais cette approche Américaine, nous est proposée par un pays singulier ou le service est développé jusqu’à remettre en cause les fondements mêmes de l’existence. Les gens n’y cuisinent plus, les femmes se font accoucher plutôt qu’elles n’accouchent, les techniques y sont une seconde nature. Les communautés et l’esprit de concertation font partie de la culture et de l’identité protestante qui guide ces propositions.

Notre enjeu n’est pas de dire si cela est bien ou mal, mais d’inventer et de révéler les spécificités d’un modèle français, et d’éviter les transpositions directes et faciles.

Les notions de système d’objet, symboliques, de culture, d’esthétique y sont absentes. Il me semble qu’elles soient une nécessité. Les dimensions amenées par le design de pointe ne sont pas à sous estimer, ni à opposer à ces nouveaux possibles.

Le document européen Design as a driver of user-centred innovation est beaucoup plus troublant. Son contenu assez exhaustif dresse un portrait du design, d’un nouveau design et du design comme vecteur d’innovation non technologique. Formidable, On ne peut que s’en réjouir.

Il est en fait une ode au rapport du Design Council et au rapport du gouvernement danois.

Il met en avant les nouveaux « mots » du design qui deviennent des valises vides de sens et déconnectées de toutes symboliques sociales, esthétiques et culturelles: design for all, user centred design et rajoutons pour être complet le co-design.

Ces termes sont ici utilisés à tous propos avec des sens et des fonctions différentes.

Stratégie d’entreprise, stratégie d’innovation, stratégie de marketing, stratégie de design ou éléments de tactique de conception, tactique de production, etc.

Ces termes recouvrent de telles espérances contradictoires qu’elles ne veulent plus dire grand-chose (quels liens entre le UCD de Nokia et celui de Waag.org).

Les mots esthétiques (au sens philosophique, représentation, perception, n’y sont jamais abordé). La dimension culturelle du design (design comme représentation d’une culture) n’est jamais évoquée, la dimension artistique du design n’est jamais convoquée (situations, formes, propos), l’innovation conceptuelle permise par le design n’est elle aussi jamais envisagée. Les histoires spécifiques du design ne sont jamais considérées et pourtant ces histoires sont constitutives des identités des designs européens

La dimension de leadership créatif, de création de symbolique du design ou la forme y est également absente. N’oublions pas enfin l’esthétique qui si elle a enfermé le design dans le « beau » (esthétique industrielle), n’en est pas moins un des fondamentaux essentiels du design.

C’est un appel à contribution, et c’est là sa plus grande qualité. Je vous encourage donc à faire entendre le son de ces différences.

Insitut pour le Futur.
Lire l’article sur le site de BoingBoing.
Appel a contribution sur le design Design as a driver of user-centred innovation.

La Revue du Design remercie Jean-Louis Frechin, qui l’a autorisé à publié cet article, paru une première fois sur le blog Nodesign.net/blog.

Jean-Louis Frechin est le fondateur de l’agence de design numérique NoDesign.net, spécialisée dans la création, l’innovation et les réflexions stratégiques centrées sur les pratiques et les usages des technologies de l’information et de la communication. Jean louis Frechin est également enseignant et chercheur à L’ENSCI_Les Ateliers, où il a fondé et développé le concept de design numérique. Il intervient régulièrement dans des conférences sur l’innovation, la création et les usages dans les NTIC. Il a également été lauréat de la Carte Blanche du Via 2008.

7 Réponses to “Le design après le design…”

  1. Prof Z Says:

    « Il est semble désormais admis que le modèle auteur de type Starck (genius design), Milan, décoration est largement remis en question comme vision du futur. »….
    1/ Genius design
    Je crois au contraire que la crise va développer la médiatisation des « designers marque » comme Starck ou Ora Ito car les éditeurs auront besoin de « grands noms » pour valider leur choix, communiquer et vendre plus…ou plutôt actuellement éviter la chute des ventes et des marges.
    Ora Ito n’est que le précurseur de nouveaux designers « genius design « qui vont émerger du net comme on voit actuellement de nouveaux chanteurs sortir de la toile…
    2/ Par ailleurs les marques univers en mode + déco se développent face à la crise du textile et à la bonne tenue de la déco( 8 marques par ex à Milan et combien demain dans le groupes de MM Arnault et Pinault?)…
    3/Les capacités financières,humaines et stratégique de l’archi, de la mode et de la deco étant largement supérieure à celle du design, des « genius designers » de ces secteurs sont en train d’empiéter sur le territoire des « product designers » un secteur tres atomisé…
    4/La recherche developpement risque après le marketing d’annexer le design d’entreprise, la bataille est en route aux sein des groupes internationaux…
    5/ Je crois au contraire que les places d’expo les plus fortes Milan et Paris vont se renforcer face aux autres place d’expositions mondiale du design…

  2. Prof Z Says:

    Je n’ai pas besoin de lire en détail les documents californiens et européens pour voir qu’il n’y a pas de politique nationale design en France ,dans les régions et d’action collective globale (tous secteurs( au niveau international…et en plus une absence de relais à l’international avec nos ambassades et consulats qui pourtant consomme le 2 ème budget derrière les USA…
    J’ai fait un constat précis,documenté et actuel pendant la New York design week et l’ ICFF: les actions de la Finlande, de la Suède, de la Hollande et du Japon mettaient en avant les designers , des projets, des entreprises de ces pays ( au total 150 environ acteurs)…Quid de la France ? Les jeunes pousses françaises, en général de l’Ensci, n’éclosent que dans la Roset arrosé par les aides au projet du VIA…Roset y était comme toujours…

  3. Prof Z Says:

    J’ai essayé de lire les commentaires « doctorant » sur le site de No design pour aller plus loin que les 2 ans à « passer » qui sont la difficile perspective réelle des designers indépendants, des entreprises, des consommateurs qui sont les vrais acteurs du design…Le design ne se fait pas par les observateurs périphériques mais par des chefs d’entreprise qui prennent des risques financiers et humains…Je lirais donc toujours plus les interviews MM Alessi, Luti, Perazza etc que celles de tous les experts du monde…économistes, tendanceurs et futurologues…Il y en a toujours un qui avait raison …et qui va faire son biz plan avant d’avoir tord et de passer le futur à un autre…C’est le système US des « hyperconsultants »omnipotents qui a dirigé la finance, l’économie et le monde droit dans le mur…

    Je vous encourage aussi à télécharger le fichier PDF de l’institut du futur
    et à entrer case par case , step by step dans ce « digest maping »particulièrement interessant.

    http://iftf.org/system/files/deliverables/SR-1154+TH+2008+Maker+Map.pdf

  4. yves hilgenberg Says:

    Prof, merci pour ces précisions, par rapport aux commentaires forcemment un peu édulcorés de notre blog favori. J’ai bien noté que le design n’échappe pas à certain abus:
    – le designer (ou plutôt le styliste genie de la 3D) devient « une marque sur la marque » – Proximité designer consommateur diluée par les modes de fabrications complexes et couteux – connivence inévitable, mais trop flagrante entre, le VIA, la presse spécialisée, Roset, (en France).
    J’ajouterai, pour décrire l’ambiance, les concours: chez Cinna, premier prix 4000€, à déduire sur les éventuelles royalties à venir + contrat d’exclusivité pour les autres créations… plus choquant encore, le prix Émile Hermès 2008, pas de premier et deuxième prix pour cause de projets de qualité insuffisante…
    En bref, que le travail du designer garde toute sa diversité, alternant entre artisanat et grande série, avec le respect, dans l’ordre, du consommateur, de l’environnement, de l’entreprise.

  5. Prof Z Says:

    Le genius designer dont parle JL Frechin n’est pas en général le « genie » de la 3D dont parle Yves Hilgenberg . J’ai tendance à le qualifier de designer virtuel voire d’ « air designer ».
    Je designer ne devient pas “une marque sur la marque” mais élargit ou renforce le territoire de la marque… C’est d’ailleurs été le premier positionnement choisi par Ora Ito: un  » Starck jeune », Directeur artistique des marques de Luxe …sans aucune illusion sur la démocratisation du design qui est une des thématiques de Starck.
    -avec la maîtrise de la 3D et non un designer crayon sur calque comme le vieux Starck
    – une équipe de 10 dès le départ qui a fait le job
    -a commencé par être une marque de « genius designer » comme son « père » Starck .( ce dernier l’appèle « fiston’ par dérision
    -une peopolisation de la com

  6. Prof Z Says:

    Je me suis posé une question pour de nombreux projets de stars designers qui pompent des concepts de jeunes designers vues dans des concours et dans des salons. La force de frappe média des stars rend inutile toute riposte de communication. De plus elle est juridiquement et economiquement perdue d’avance…
    Le système de protection juridique du design est bien moins protecteur que celui de la musique…Mais dans les 2 cas il est difficile d’en vivre.
    J’aimerais sur cette question une reponse d’un expert juridique comme Nicolas Minveille

  7. Prof Z Says:

    c’est très clair, bravo

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