Automne nippon

Horloge Kehai par Makoto Koizumi (présentée à la MCJP). Photo © Hiroyuki Shinohara.

Deux importantes expositions mettent le Japon à l’honneur cet automne à Paris. Revenant sur plus d’un siècle de création, elles révèlent, au delà des clichés et commentaires traditionnels sur les formes épurées, les matériaux naturels ou le souci de la finition, les racines d’une approche esthétique et philosophique proposant une dialectique particulière entre arts ou artisanats traditionnels et design. 

L’esprit Mingei

Le musée du Quai Branly présente, jusqu’au 11 janvier 2009, L’esprit Mingei au Japon, une sélection de près de 150 pièces inspirées de la théorie que Soetsu Yanagi (1889-1961), penseur et critique, développa durant la première moitié du XXe siècle au Japon. Célébrant la sobriété, l’élégance et la douceur des lignes, le design « anonyme » des objets quotidiens (getemono), dépourvus de toute virtuosité technique, Soetsu Yanagi et par la suite son fils Sori, le premier designer japonais d’après-guerre (et inventeur du fameux tabouret Butterfly), définiront leur théorie du Mingei, une abréviation de minshuteki kogeï qui signifie littéralement « l’artisanat ou l’art populaire fait par le peuple et pour le peuple. »

Tabouret Butterfly en contreplaqué moulé par Sori Yanagi, prototype de 1953. © Atelier Sori Yanagi, Tokyo Bouilloire, début du XXe siècle. Fonte de fer et motif de grêlons. © Nihon Mingeikan, Tokyo.

Valorisant les notions de toku (vertu), de kakujitsu (sûreté), de chôsei (fidélité), de seijitsu (sincérité), cette pensée connaîtra un rayonnement international, puisque durant la première moitié du XXe siècle, plusieurs créateurs internationaux d’importance viendront travailler au Japon : l’allemand Bruno Taut dans les années 1930, la française Charlotte Perriand dans les années 1940, ou encore l’américain Isamu Noguchi dans les années 1950. Alors consultés pour activer les exportations nipponnes, ces créateurs apporteront leur vision du design industriel mais seront également marqués par les théories de Soetsu Yanagi, avec qui ils collaboreront.

Épure et kawaii

À quelques rues de là, la Maison de la Culture du Japon propose, jusqu’au 31 janvier 2009, WA : l’harmonie au quotidien, une exposition mettant en lumière les créations d’Isamu Noguchi, Naoto Fukasawa, Tokujin Yoshioka et quelques autres designers incontournables de ces cinquante dernières années. Au total, près d’une centaine d’objets du quotidien sont présentés: montres, théières, sacs, bicyclette, mobilier, fournitures de bureau, appareils photos numériques, robot humanoïde miniature…

Okurin (sacs fabriqués à partir de matériaux recyclés) © Innocence Inc. Râpe à radis blanc par Shunji Yamanaka. © OXO International.

Six concepts fédérateurs sont mis en avant : kawaii (mignon) ; craft (l’influence de l’artisanat) ; kime (la finesse de grain et la qualité de la finition) ; tezawari (sensations tactiles) ; minimal (la beauté des formes dépouillées) et kokorokubari (la « prévenance »).

Regards croisés

Au-delà de leurs dimensions purement historiques ou « ethnographiques », ces deux expositions mettent non seulement en lumière l’importance d’une observation des savoir-faire traditionnels, mais aussi elles révèlent une dynamique féconde entre approches asiatique et européenne.

Car si Soetsu Yanagi est un lecteur assidu de littérature occidentale et un observateur attentif du mouvement anglais des Arts and Crafts, qui prôna à la fin du XIXe siècle un rapprochement entre concepteurs et utilisateurs, sa vision du design a, en retour, influencé plusieurs générations de créateurs occidentaux, comme par exemple le designer anglais Jasper Morrison qui affirme dans le catalogue de l’exposition que le design est aujourd’hui « trop lié aux medias, à l’impact immédiat […] Il y a ces designers qui veulent être connus pour vivre, on les comprend, et des magazines qui veulent vendre : voilà l’équation. Les designers dessinent pour les magazines et les magazines publient des objets qui ne seront jamais faits pour la vie quotidienne. »

À méditer !

Alexandre Cocco

Ce texte est un résumé d’un article paru dans d’A n°178 (décembre 2008).

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Une Réponse to “Automne nippon”

  1. Au sommaire de La Revue du Design (www.larevuedudesign.com) cette semaine : | InfoDéco Says:

    […] Automne nippon Deux importantes expositions mettent le Japon à l’honneur cet automne à Paris. Revenant sur plus d’un siècle de création, elles révèlent, au delà des clichés et commentaires traditionnels sur les formes épurées, les matériaux naturels ou le souci de la finition, les racines d’une approche esthétique et philosophique proposant une dialectique particulière entre arts ou artisanats traditionnels et design. […]

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